La dérive populiste dans l’Asie centrale postsoviétique (Novastan)

NOVASTAN

http://www.novastan.org/articles/la-derive-populiste-dans-lasie-centrale-postsovietique

 

24.11.2012

Cet article est un extrait de la journée d’étude organisée par le Centre Montesquieu de Recherche Politique – Université de Bordeaux 4 sur les populismes d’hier et d’aujourd’hui, valeurs, pratiques politiques et mutations – 11 Octobre 2012. Publié en accord avec l’auteur.

Le populisme prend plusieurs formes dans l’espace postsoviétique. Le vide idéologique apparu à la chute de l’URSS en 1991 et la nécessité de construire de nouveaux Etats-nations ont très tôt obligé les anciennes élites communistes à se reclasser idéologiquement pour se maintenir au pouvoir. Face à une faible tradition démocratique dans la plupart des républiques, le populisme, essentiellement basé sur un socle exclusivement ethnique (ethno-populisme), a donc aussitôt servi de solution.

En Asie centrale, l’ethno-populisme reste depuis partout de règle. Il est présent sous trois formes, l’ethno-populisme d’Etat, lorsque l’Etat se fait le chantre de l’ethnie majoritaire, l’ethno-populisme nationaliste, instillé par l’ethnie majoritaire et l’ethno-populisme autonomiste, promu par une minorité ethnique majoritaire dans une zone donnée, chacune de ces trois tendances étant dirigée dans les cinq Etats de la région du niveau local au niveau national par d’anciens cadres du parti communiste désormais tous reconvertis.
- L’ethno-populisme d’Etat est présent dans les cinq républiques d’Asie centrale, tant au niveau des organes de l’Etat, qu’au niveau des partis politiques majoritaire et d’opposition, de l’armée et des forces de l’ordre. Il est cependant atténué en Kirghizie, du fait d’une « tradition égalitaire » plus profonde, faisant de cet Etat, le plus libéral de la région, une démocratie formelle et une république parlementaire (une exception notable dans la région). En Kirghizie, l’ethno-populisme est donc concurrencé par un populisme plus classique d’essence sociale.
- L’ethno-populisme nationaliste comporte deux variantes. Il peut d’une part être une carte jouée par un Etat, s’appuyant en cela sur l’ethnie majoritaire. Son action va alors de la prise de mesures législatives préférentielles au bénéfice de l’ethnie majoritaire et de l’écartement des autres ethnies de la sphère publique aux pogroms interethniques téléguidés au niveau de l’Etat. D’autre part, l’ethno-populisme nationaliste peut ne pas être généralisé à l’Etat et rester limité à une zone frontalière sensible. Il est alors dirigé par le dirigeant du groupe ethnique majoritaire local de la zone sensible et s’exerce de la même manière qu’au niveau de l’Etat, mais, dans ce cas, sans l’approbation de ce dernier.

- L’ethno-populisme autonomiste est nécessairement confiné à une zone frontalière sensible et peut être soit la cause ou soit la réaction à l’ethno-populisme nationaliste.

Quelle que soit sa nature, l’ethno-populisme reste un des principaux maux des républiques d’Asie centrale. Les frontières entre les Etats sont artificielles ; des enclaves compliquent du reste le tracé déjà absurde des voies de communication et les ethnies sont imbriquées les unes aux autres sans tenir compte des limites et des statuts administratifs divers. Toute cette complexité n’est que l’héritage de la construction de l’URSS dans les années 1920-1930, à une époque où nul ne songeait qu’un jour les nouvelles républiques et leurs frontières deviendraient un jour internationales.

L’exacerbation d’un populisme à base ethnique depuis 1991 représente aujourd’hui un lourd danger pour la stabilité de la région. Boucliers contre l’islamisme destructeur et fédérateur, les populismes nationaux et locaux pourraient en revanche remettre à très court terme en cause l’intangibilité des frontières, pour l’instant encore garanties par les dictateurs en place, tous moulés à l’école soviétique et désormais vieillissants. La Vallée du Fergana deviendrait alors l’épicentre d’une zone de conflagration majeure allant de la Mer Caspienne aux confins chinois, déjà qualifiée de « Balkans eurasiens ».

L’Asie centrale postsoviétique

Source : RASHID A. (2002): Asie centrale, champ de guerres : Cinq républiques face à l islam radical, Paris, Ed. Autrement (Coll. Frontières), p. 22

Source : RASHID A. (2002): Asie centrale, champ de guerres : Cinq républiques face à l’islam radical, Paris, Ed. Autrement (Coll. Frontières), p. 22

 

Ethno-populismes d’Etat et locaux

La surenchère ethnocratique entre les autorités politiques au pouvoir et l’opposition, clandestine ou reconnue, vire depuis l’indépendance à un ethno-populisme permanent servant à asseoir la prédominance des forces politiques à la légitimité politique discutable sur l’appareil d’Etat et à trouver des dérivatifs simples à tout mécontentement populaire face aux dysfonctionnements des nouveaux Etats et à la reconfiguration des rapports économiques et sociaux. C’est pourquoi l’ethno-populisme est présent à tous les niveaux de l’Etat et sert encore à chaque citoyen de meilleur moyen d’expression pour faire entendre ses ressentiments. Au niveau local, l’arme de l’ethno-populisme est aussi utilisée par les minorités ethniques écartées des constructions ethnocratiques des nouveaux Etats-nations pour exprimer leurs griefs.

La confusion par l’Etat du droit du sol et du droit du sang

Les cinq républiques d’Asie centrale (cf. carte) ont hérité de l’URSS une structure multiethnique, où bien souvent des appartenances professionnelles précises coïncidaient à telle ou telle ethnie. Ainsi, la minorité russe dominait par exemple l’administration d’Etat, les hauts postes dans l’industrie et le corps médical. Afin de tenir compte de ces minorités et de tenter d’endiguer la fuite des cerveaux en cours depuis la perestroïka, les autorités centrasiatiques ont vaguement, de manière purement formelle, tenté de créer une identité artificielle (citoyenneté) générique basée sur le droit du sol : kazakhstanaise, ouzbékistanaise, turkménistanaise

Mais, ce nouveau concept n’a pu prendre souche parmi la population, immédiatement étouffé dans les faits par une politique ethnocratique consacrée par les nouveaux Etats à la défense exclusive de l’ethnie majoritaire et éponyme. A l’exception du nord de la Kirghizie, la mise en avant d’une citoyenneté commune n’a donc jamais dépassé les textes institutionnels et les discours officiels solennels.

L’Etat au service de l’ethnie majoritaire et éponyme

Première mesure prise par chaque Etat, la promotion de la langue de chaque ethnie majoritaire comme seule langue officielle devait affirmer le caractère ethnocratique de la nouvelle identité nationale et le ralliement nécessaire des minorités ethniques autour du nouveau projet « national » (ethnocratique). Les changements d’alphabets au Turkménistan et en Ouzbékistan après l’indépendance devaient répondre à ce désir de rupture des nouvelles autorités nationales avec leur passé encombrant. Au même titre, l’Histoire de chaque nouvel Etat était réécrite autour de « héros » historiques réels ou mythiques, systématiquement dépouillés de leur côté ombrageux, en même temps que de larges pans de l’Histoire de la région (la colonisation russe ou l’installation du pouvoir soviétique dans la région par exemple) disparaissaient des manuels scolaires officiels. A la célébration des « héros » historiques de la nation devaient aussi être consacrés des jours fériés et des cérémonies d’anniversaire (célébration de l’anniversaire de la mort de Manas, de la création de la ville d’Och, de Boukhara…).
Le calcul de ces « dates » relevait d’un choix purement fantaisiste de la part des nouvelles autorités, ayant pour seul objectif de cimenter l’unité nationale autour de l’ethnie éponyme. Par ailleurs, des disputes de plus en plus nombreuses entre les Etats de la région sur l’appartenance « nationale » de personnalités historiques régionales de l’Antiquité ou du Moyen-Âge (Samani, Tamerlan…), ainsi que sur la légitimité « nationale » des lieux saint soufis musulmans (Iasavi, Koubravi…) servent toujours de dernier atout aux dirigeants d’Asie centrale pour conforter leur pouvoir en jouant sur la fibre nationaliste, afin d’écarter les préoccupations économiques et sociales du premier plan.

Les présidents centre-asiatiques réunis autour de Dimitri Medvedev en 2011. Crédit : Central Asia Forum

Les présidents centre-asiatiques réunis autour de Dimitri Medvedev en 2011.
Crédit : Central Asia Forum

 

Les présidents des Républiques centrasiatiques forment les premiers vecteurs de la transmission d’un discours nationaliste au service de l’ethnie majoritaire. Plus atténué en Kirghizie, où le Président joue un faible rôle politique, très encadré par la Constitution de Juin 2010 et le Parlement, le discours présidentiel entretient sciemment partout ailleurs une confusion entre la défense d’une identité « nationale » ancienne, rurale (agraire) et arrimée depuis des temps légendaires immémoriaux au territoire actuel, au déni de toute autre vérité historique, et le recours paternaliste au Président actuel dans son devoir de sauver et d’aiguiller l’Etat et la nation face aux lourds maux qui les menaceraient de l’extérieur (l’urbanité, le mouvement, l’ouverture au monde et au multiculturalisme…). En protégeant l’Etat-nation, le Président assoit en même temps son propre pouvoir en éliminant de fait tout autre discours politique ou intellectuel concurrent possible. Ainsi, les Présidents kazakh, ouzbek et tadjik (ainsi que le premier Président kirghiz) sont les auteurs d’ouvrages d’Histoire, qui servent parfois de manuels scolaires, insistant tous sur une seule version officielle acceptée de l’Histoire « nationale » et promettant systématiquement en conclusion un « avenir radieux à leurs peuples bons et généreux » respectifs, à condition qu’ils adhèrent à la ligne éditoriale présidentielle.

Au Turkménistan, la situation est encore plus critique, puisque les bibliothèques ont toutes fermé en 2005 et tous les ouvrages ont été déclarés interdits et devant être détruits à l’exception du Roukhnama, proclamé le « deuxième livre saint après le Coran » et mêlant de manière grossière une Histoire « nationale » erronée et tronquée et une biographie dithyrambique du Président Niiazov, aujourd’hui décédé, accompagnée de ses pensées et de ses « œuvres ».
Des quotas ont d’autre part été instaurés à tous les niveaux de l’administration officielle et de l’armée, réservant la majorité des postes, dans des proportions dépassant partout 90 % des postes alloués à l’ethnie majoritaire. Qui plus est, la nécessité de maîtriser la nouvelle langue nationale, sanctionnée par un examen d’entrée aux conditions d’obtention de plus en plus drastiques et douteuses, limite au maximum l’accès des administrations et de l’armée aux minorités nationales et réserve les meilleures places aux enfants des nouvelles couches dirigeantes des républiques, en s’appuyant davantage sur les réseaux de solidarité locaux (régionale, clanique ou tribale) que sur de réelles compétences supposées.

La marginalisation de l’altérité ethnique

Face à des mesures de plus en plus discriminatoires, les minorités ethniques n’ont pas d’autre alternative que de devoir s’adapter ou de prendre le chemin de l’exil. L’absence de levier démocratique les empêche de fait de recourir à tout mode d’action protestataire et elles se trouvent être largement sous-représentées dans les structures du pouvoir, notamment les Parlements nationaux. Leur faible nombre ne leur permet pas non plus de s’unir efficacement pour proposer des alternatives. Là où elles forment des isolats majoritaires, elles peuvent au mieux constituer des groupes de pression semi-clandestins comme le centre culturel tadjik à Samarkand ou les organisations cosaques russophones du Kazakhstan.

Les minorités allogènes n’ont donc d’autre alternative que l’exil. Ce faisant, les majorités ethniques de chaque Etat ignorent ou feignent d’ignorer que leur départ constitue un véritable traumatisme pour leur pays. C’est toute l’ouverture à l’altérité et à la tolérance qui s’amenuise face à des populations de plus en plus mono-ethniques. D’autre part, le départ de populations russophones qualifiées ôte les futurs talents nécessaires à la construction de chaque nouvel Etat-nation et renforce le recrutement intrinsèque au sein de l’ethnie majoritaire, par les réseaux de solidarité, de personnels non préparés et corrompus dans les nouvelles administrations et les grandes entreprises. Aujourd’hui, plus de la moitié de la population russe présente en Asie centrale en 1991 a émigré et avec elle d’autres minorités européennes éduquées, suivies maintenant par la frange la plus qualifiée des populations locales.

Les populations minoritaires servaient souvent enfin de dérivatifs à la population majoritaire pour traduire les raisons des différents maux subis par les changements économiques nés de la chute de l’URSS. Le rejet sur l’Autre de la dégradation des conditions de vie était bien pratique pour justifier telle ou telle politique et pour maintenir des dirigeants aux pratiques dictatoriales, népotiques et corrompues en place. Ce positionnement était malheureusement repris à la fois par l’opposition politique, dans les lieux où elle pouvait s’exprimer, et par certaines minorités nationales, dans les régions où elles se trouvaient en majorité. Ainsi au « nationalisme centraliste d’Etat » partagé par l’ensemble des forces politiques s’opposent des « nationalismes de disjonction » à base régionale s’employant à créer de nouveaux espaces politiques et en cela contribuant à donner une nouvelle impulsion à la dissémination du nationalisme. Cette vision ethnocratique et ethnocentriste trompeuse de la politique et de la société en Asie centrale ne pouvait fatalement déboucher à très court terme que sur des pogroms intercommunautaires en temps de crise.

Les pogroms d’Och (1990/2010)

1990/2010 : Un processus identique d’extermination massive

Les pogroms d’Och de 1990 et de 2010 s’inscrivaient justement dans cette surenchère nationaliste entre les communautés et, à vingt ans d’intervalle, restaient marqués par six étranges similitudes :
- Similitude des dates : En première quinzaine de Juin 1990 et 2010, saison où les cols recommencent à devenir accessibles et où les flux de populations sont les plus denses.
- Similitude des lieux et du sens de propagation : Och, Ouzgen, puis Djalal-Abad et Souzak (limitation à la zone majoritairement ouzbékophone en territoire kirghiz et sens sud-nord).
- Similitude des acteurs déclenchants : La troisième force des « provocateurs mafieux interethniques » servant de caution à chaque camp pour justifier son devoir d’intervention contre l’Autre en droit de réponse et rejeter sur l’Autre l’origine des violences.
- Similitude dans l’absence de reconnaissance de légitimité du pouvoir central sur place devant la poussée du sentiment autonomiste ouzbek et la réaction de défiance de la population kirghize locale, se sentant oubliée par la modération du pouvoir central de Bichkek tenu par les tribus du nord, plus éloignées des préoccupations ferganaises.
- Similitude dans l’absence assourdissante de réaction des Etats voisins et des puissances régionales. Si l’armée rouge soviétique était intervenue en Juin 1990, elle n’avait pas pour autant pu rester longtemps sur place dans le sud, du fait de la décomposition de l’URSS et les républiques centrasiatiques, encore soviétiques, avaient préféré réagir aux massacres d’Och par un mur de silence. Ce même mur a répondu aux pogroms de 2010.
- Similitude dans le processus d’amnésie collective présent au niveau des Etats comme des populations locales, toutes ethnies confondues, à la suite des pogroms (« il ne s’est rien passé »).

Scène de violence durant les pogroms à Och. Sur le panneau, Kirghiz zone. Crédit : Reuters

Scène de violence durant les pogroms à Och. Sur le panneau, « Kirghiz zone ». Crédit : Reuters

 

Les réactions officielles aux pogroms d’Och sont d’autre part restées hésitantes et ambiguës, partagées entre devoir universel de clarification exigé par la communauté internationale et devoir de protection de l’ethnie majoritaire.

Des réactions hésitantes et ambigües

Quelles leçons ont été retenues des pogroms d’Och de Juin 1990 et 2010 ? L’affaire de la guerre des rapports en 2010-2011 entre les nouvelles autorités démocratiques kirghizes, Human Rights Watch, Amnesty International et la Commission Européenne (Affaire Kiljunen) démontre qu’une lecture objective des faits s’avère encore difficile à établir entre les différents acteurs de la crise d’Och de 2010, comme le rapport du KGB de Juin-Juillet 1990 provoquait déjà en son temps des remous parmi les cercles kirghiz ou ouzbeks les plus nationalistes. Pourtant, la recherche d’une lecture objective et partagée des faits serait nécessaire, de façon à éviter tout renouvellement de pogroms à l’avenir.

Fort heureusement, formés à l’école du soviétisme, les dirigeants kirghiz et ouzbeks ont su faire preuve de pragmatisme devant leurs populations respectives pour ne pas envenimer encore davantage une situation déjà explosive. Bichkek a fini bon gré mal gré par calmer les tensions dans le sud, rappelant à l’ordre les extrémistes des deux camps, tandis que Tachkent n’a pas souhaité garder plus d’un été les réfugiés ouzbeks sur son sol, redoutant des troubles politiques. Cependant, lorsque de nouveaux dirigeants issus de la génération suivante, peu concernée par le passé soviétique, parviendront partout au pouvoir en Asie centrale, pourront-ils prévenir et agir contre toute dégénération de la situation dans la Vallée du Fergana avec la même modération ? Rien n’est moins sûr.
Les pogroms d’Och ont enfin démontré l’échec de l’identification générique par la création d’une citoyenneté artificielle basée sur le droit du sol et, en fin de compte, limitée à une réalité des plus formelles. Les communautés continuent à se référer d’un seul point de vue ethnique, sans avoir parfois le sentiment d’appartenir à un Etat commun comme dans la Vallée du Fergana, et même en Kirghizie, où le sentiment démocratique reste pourtant plus développé qu’ailleurs en Asie centrale.

L’exception kirghize : Entre démocratie et multi-populismes

La Kirghizie, îlot de démocratie en Asie centrale

La Kirghizie a représenté pour plusieurs raisons depuis l’indépendance une exception dans la région de par un plus grand respect de la liberté d’expression et de la tolérance intercommunautaire. Les Kirghiz le devaient à la fois à une Histoire particulière, où les principes d’individualité et d’égalité dominaient dans leur passé nomade (choix électif du baï (chefs de tribu) dans les kouroultaï tribaux (assemblées de chefs de tribu), égalité ancienne entre homme et femme…). La perestroïka n’avait donc pas trouvé ici de difficulté majeure à s’accompagner d’une libéralisation de la presse et des forces politiques et syndicales. Qui plus est, les Kirghiz et les minorités européennes russophones ont participé main dans la main à l’évolution du pays vers l’indépendance en 1991. C’est donc là que s’est le mieux développé une identité générique kirghizstanaise rassemblant les différentes ethnies du pays, principalement efficace dans la Vallée multiethnique du Tchouï où se trouve la capitale, Bichkek.

En effet, depuis toujours la Kirghizie a connu sur la traditionnelle opposition nomades/sédentaires une opposition culturelle, économique et politique entre le nord et le sud du pays, renforcée par l’enclavement des régions pendant la longue période hivernale.

Russifié et ouvert aux influences européennes, le nord de la Kirghizie est aussi davantage urbanisé et industrialisé. La présence d’une forte minorité russe et la tradition de liens anciens avec la Russie ont développé le goût du débat et du positionnement politique. L’ancienne tradition de la « démocratie élective directe » des baï lors des kouroultaï depuis le XVIe siècle, la place égalitaire rendue aux femmes par l’adat (loi coutumière des nomades) en dépit de l’islam et surtout la nécessité de trouver des consensus permanents entre les tribus et les vallées face à des menaces et des ennemis communs, avaient déjà, bien avant la colonisation russe du milieu du XIXe siècle, préfiguré cette recherche constante des équilibres politiques et économiques entre les différentes tribus kirghizes. Aujourd’hui, les citoyens du nord de la Kirghizie, kirghizophones ou russophones, sont relativement politisés et savent se positionner en fonction de leur appartenance politique pour tel ou tel parti, en fonction de son programme. Par ailleurs, du fait de cette vision politique forte, les principales forces politiques de Bichkek ont des relais dans l’ensemble du pays (représentants et sièges locaux) et peuvent ainsi compter dans le sud sur le soutien des élites intellectuelles citadines et des minorités nationales, notamment ouzbèke.

Le sud du pays est en revanche resté plus traditionnel et conservateur. L’islam y est anciennement implanté et le système législatif de la charia a régi cette région jusqu’à l’arrivée du pouvoir soviétique. Une forte minorité ouzbèke, majoritaire dans certains villages, a toujours peuplé cette région. Arrivées dès le XVIIe siècle dans la Vallée du Fergana, les tribus nomades kirghizes ont depuis été peu à peu absorbées par la riche culture écrite véhiculée par les populations sédentaires, tout en maintenant un mode de vie semi-nomade. L’adat des Kirghiz est aussi entré très tôt en conflit avec la charia et les khans ouzbeks successifs de Kokand ont toujours eu du mal à pacifier les zones kirghizophones de leur khanat. Pour autant, les échanges marchands et culturels étaient permanents et rendaient interdépendants, non sans conflits, les nomades kirghiz et les sédentaires ouzbeks ou tadjiks. La forte prégnance de l’islam et l’accoutumance au pouvoir fort du khan et à son organisation hiérarchique verticale avaient fini par légitimer le culte de l’autorité et de la verticalité chez les Kirghiz de la région.

Aujourd’hui, les dirigeants locaux du sud du pays s’inscrivent dans cette tradition despotique et clanique du khan. Leur parti politique n’a pas de programme et n’est qu’une force d’appoint pour son chef. Il n’a pas, non plus, de représentants dans les autres régions du pays. Même au sud, un dirigeant politique de Batken sera systématiquement concurrencé par un autre de Djalal-Abad ou d’Och, sans que ni l’un, ni l’autre n’ait des relais suffisants autre part que dans son oblast’ d’origine, même au sud. Les réseaux de clientèles opaques ôtent enfin toute légitimité aux partis politiques locaux. Ces partis trouvent néanmoins un certain écho dans les couches moyennes de la population locale, notamment les petits commerçants ou encore les agriculteurs. Peu de femmes, contrairement au nord du pays, constituent leurs membres du fait de la tradition vivace de reléguer toute femme au second plan de la vie publique locale et ces partis sont aujourd’hui séparés sur des lignes ethniques, Kirghiz et Ouzbeks conservant chacun séparément leurs soutiens respectifs.

En conséquence, si l’ethno-populisme à base identitaire est partout de règle, comme dans le reste de l’Asie centrale, il reste au nord du pays dilué dans un populisme protestataire, rassemblant divers mécontents et laissés pour compte de la crise économique parmi toutes les communautés.

Populisme identitaire et populisme protestataire

Sur le plan politique, les différences notées entre les Kirghiz du nord et ceux du sud du pays ont entrainé deux conséquences : la déconnection entre le sud et le nord du pays au moment des pogroms d’Och et le développement d’un populisme protestataire pouvant aller de pair avec l’ethno-populisme dans le nord du pays.

Au moment du déclenchement des pogroms d’Och de 1990 et de 2010, le pouvoir politique était placé dans les mains des tribus du nord du pays. Le fait qu’elles aient toujours préféré faire primer le droit à la force pour régler cette question a dévalorisé l’idéal du pouvoir politique aux yeux de la majorité des Kirghiz du sud du pays, hormis les plus éduqués d’entre eux formés à Bichkek. L’utilisation de la force aurait été préférée par les Kirghiz méridionaux, doutant de la sincérité de l’usage du droit par héritage d’une faible tradition démocratique. Les pogroms se sont d’autre part déroulés à chaque instant, où un vide politique a prévalu dans le sud du pays à la suite d’un brusque changement politique au profit des Kirghiz du nord à Bichkek (arrivée imprévue d’Akaev au pouvoir en 1990, révolution d’Avril 2010). Le sud refusait ensuite de reconnaître le pouvoir central pendant quelques mois, durant lesquels chaque communauté se retrouvait alors en libre autogestion, en vacance du pouvoir central et en proie au populisme identitaire.

Ourmat Baryktabasov, actuellement leader d un parti d opposition. Crédit : RFE/RL

Ourmat Baryktabasov, actuellement leader d’un parti d’opposition. Crédit : RFE/RL

 

Au nord du pays, du fait de l’assimilation des minorités nationales à la vie politique et culturelle locale, une autre forme de populisme a su s’imposer, protestataire, sachant utiliser le large espace politique concédé et ses relais de transmission au Parlement et dans la rue. Ainsi, des barons mafieux ont pu depuis la rue (Nourlan Motouev, Ourmat Baryktabasov) ou leur cellule de prison (Ryspek Akmatbaev) mobiliser des foules importantes, mener des actions plus ou moins violentes de protestation contre les autorités officielles ou… se présenter aux élections législatives et être élu. Ils n’hésitaient pas, pour ce faire, à utiliser des griefs de mécontentement communs à toutes les ethnies du nord du pays : dégradation des conditions de vie, hausse des prix, chômage, paupérisation de la population, recours au renversement des gouvernants corrompus par tous les moyens possibles, opposition totale à tous les systèmes…

L’islamisme, un populisme protestataire supranational ?

Autre populisme protestataire marginal jusqu’à la révolution d’Avril 2010, l’islamisme semble depuis gagner du terrain en Kirghizie, profitant des possibilités d’expression qui lui sont offertes. Il recrute de fait chez tous les déçus du développement économique, attirés par l’autre « solution » qu’opposerait l’islam aux systèmes capitaliste et communiste. Des jeunes Kirghiz, Ouzbeks, Tadjiks (voire même néo-convertis russes) fréquentent en nombre croissant chaque année des mosquées prédicatives, dans lesquelles ils pensent trouver tout remède à leurs maux par les discours enflammés d’imams populistes (si chaque mosquée délivre le message coranique dans la langue de la communauté majoritaire du lieu, le russe sert essentiellement de langue véhiculaire de la pensée islamiste intercommunautaire) .

Or, l’islamisme peut-il être considéré comme un populisme protestataire à part entière en ce sens qu’il est contre tout système existant lorsqu’il se situe dans l’opposition et peut mobiliser de manière transversale plusieurs catégories de la population, mais qu’il ne parvient jamais à se maintenir ensuite au pouvoir, lorsqu’il y parvient, par d’autres moyens que des moyens coercitifs ? Dans une telle hypothèse appliquée à l’Asie centrale, nous noterions qu’en Kirghizie, comme au Kazakhstan ou au Turkménistan de tradition nomade, l’islamisme se trouverait vite être placé en porte-à-faux face aux ethno-populismes des populations majoritaire et minoritaires et par la division traditionnelle régionale de la pratique musulmane sur la division nomade/sédentaire. Qui plus est, aussitôt créés les mouvements islamistes n’arrivent pas actuellement à surmonter les marqueurs territoriaux des Etats et éclatent immédiatement en ramifications nationales rivales. L’islamisme ne parvient donc pas à occulter le sentiment national désormais fermement ancré dans les nouveaux Etats-nations d’Asie centrale. Il est juste fort, là où le sentiment national est faible, essentiellement dans les enclaves et les villes difficiles d’accès de la Vallée du Fergana, et dans les banlieues déshéritées des capitales aux populations mélangées et acculturées.

Conclusion

L’Asie centrale est aujourd’hui à la croisée des chemins. La parenthèse du soviétisme se refermant avec la fin prochaine de la génération de dictateurs vieillissants, ne doit pas pour autant porter à croire que la démocratie serait à portée de main. Même en Kirghizie où le processus de démocratisation est le plus avancé et où les minorités ethniques sont les plus associées à la construction nationale, la crise économique et la paupérisation sociale pourraient à tout moment laisser le champ libre à tout nouveau dirigeant démagogue et populiste. Quel qu’il soit, ce dirigeant n’hésiterait pas dans chaque Etat de la région à jouer la carte de la fuite en avant, pouvant alors remettre à tout moment en cause l’intangibilité des frontières héritées de l’époque soviétique et la pluralité ethnique de son Etat-nation.
Nourrie depuis son enfance à la surenchère ethno-populiste et ayant peu connu la période soviétique, la génération des dirigeants de demain n’augure rien de bon pour l’avenir de l’Asie centrale. L’Ouzbékistan, qui constitue loin devant ses voisins l’Etat le plus peuplé de la région, a notamment la particularité de tenir compte de peuplements ouzbeks partout majoritaires dans les régions frontalières avec l’Ouzbékistan, en premier lieu dans la Vallée surpeuplée et disputée du Fergana. Les dernières crispations survenues à l’été 2012 entre l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et la Kirghizie à propos du partage des ressources d’énergie et des matières premières, comme l’impossibilité de régler le triste sort de la Mer d’Aral, ne forment que quelques uns des différents nationaux qui opposeront de manière de plus en plus violente à l’avenir des Etats de la région libérés chaque jour davantage de l’héritage commun soviétique.

David GAÜZERE
Docteur en géographie humaine et sociale – Université de Bordeaux 3
Spécialiste de l’Asie centrale postsoviétique (populations, Etats, sécurité, terrorisme)
http://david-gauzere.cabanova.com

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Notes

1) LARUELLE M., PEYROUSE S., 2006, pp. 76-81 (cf Bibliographie)

2) Cette particularité de la primauté de la citoyenneté kirghizstanaise sur la référence ethnique dans la Vallée du Tchouï et au nord du Lac Yssyk-Koul’ était due en grande partie à la fois à la mixité des peuplements russe et kirghiz dans ces endroits, à une participation commune des deux communautés à l’Histoire politique de la Kirghizie et à l’ouverture traditionnelle des autorités politiques kirghizes à la minorité russe : discours d’Askar Akaev en faveur de l’intégration de la minorité russe et de l’égalité des nationalités (« nach obchtchiï dom / notre maison commune »), ouverture d’une université kirghizo-russe en 1993, officialisation du russe comme seconde langue officielle en 2000, statut sur l’appartenance de la terre aux Kirghizstanais… De telles concessions restent encore aujourd’hui inexistantes vis-à-vis de la communauté ouzbèke dans le sud du pays, ASANKANOV A, 1997, pp. 122-128

3) Le même phénomène se retrouvait dans les Balkans des années 1990, où « les anciens dirigeants communistes ont remplacé leur blason marxiste déprécié par celui d’un ethno-populisme poussé jusqu’au crime de la purification ethnique dans l’ex-Yougoslavie, comme si le sang « étranger » versé devait créer un lien indéfectible », HERMET G., 2001, pp. 123-124. Si les dirigeants d’Asie centrale ont su faire preuve jusqu’aujourd’hui de sagesse en évitant les affrontements entre les Etats, au niveau local les différents pogroms, notamment ceux de 1990 et de 2010 à Och, montrent bien la dérive ethno-populiste folle et effrénée de certains notables locaux, tous anciens cadres du PCUS.

4) Cf. pour l’exemple kirghiz, les différentes monographies des « héros » historiques censés être à l’origine de la fondation de l’ « entité étatique » nationale kirghize, publiées en 1996 dans un ouvrage collectif de l’Académie des Sciences de Kirghizie et préfacé par Askar Akaev à l’ « usage des générations futures », Collectif, 1996, 384 pp.

5) Cf. les différents travaux de Johann UHRES, linguiste turcologue publiés entre 2000 et 2002 dans les CEMOTI, UHRES J., 2000, pp. 287-320, UHRES J., 2001, pp. 57-88, UHRES J., 2002, pp.59-76. La référence directe aux « héros nationaux » célébrée était également utilisée par les nouvelles autorités politiques pour écarter les intellectuels aux positions souvent concurrentes avec le pouvoir et contestataires du reste de la population, LARUELLE M., PEYROUSE S., 2006, p. 65

6) Ibid., pp. 65-66. Passionnés entre les républiques, les débats dégénèrent souvent en conflits diplomatiques à l’UNESCO, lors de l’organisation d’événements culturels par l’organisation.

7) Les Présidents centrasiatiques reprennent ainsi la définition de l’ethno-populisme de Guy Hermet, selon laquelle sous différentes formes l’ethno-populisme « s’emploie toujours à exalter le particularisme d’une population afin de la convaincre de ce qu’elle a d’irréductible » et « face aux menaces qui pèsent ou sont censées peser sur ce particularisme que les ethno-populistes jurent de guider celle-ci vers un paradis perdu dont se trouveront exclus tous les étrangers – par le sang aussi bien que par la culture ou par les valeurs – qui sont venus perturber cette authenticité vitale », HERMET G., 2001, p. 118

8) LARUELLE M., PEYROUSE S., 2006, pp. 69-74. La connaissance du Roukhnama est partout exigée dans le pays, même lors du passage du permis de conduire, où elle prime sur les épreuves pratiques.

9) Ibid., p. 85

10) POUJOL C., 1997, pp. 124-144 (cf Bibliographie)

11) L’analyse des comportements des minorités ethniques et des identités locales dans les trois Etats qui se partagent la Vallée du Fergana est à ce sujet très éclairante (isolement régionaliste des clans du Fergana par Islam Karimov au profit de son clan de Samarkand-Boukhara en Ouzbékistan, marginalisation du clan de Khodjent par le pouvoir au Tadjikistan, vives tensions entre les populations ouzbèkes et kirghizes en Kirghizie et refus dans tous les cas de figure au niveau local d’établir des alliances fédérant les groupes ethniques ou les clans pour monter une force de contestation efficace aux pouvoirs centraux). La même configuration se retrouve à un moindre degré au Khorezm. Partout, en Asie centrale, les forces politiques locales se retrouvent prisonnières de l’ethnicité, qu’elles soient au pouvoir ou dans l’opposition, à l’exception notable du nord multiethnique de la Kirghizie.

12) DIECKHOFF A., 2000, pp. 17 ; 311 (note n°4) (cf Bibliographie)

13) La paranoïa et la schizophrénie des pouvoirs autoritaires d’Asie centrale (à l’exception de la Kirghizie) devant tout ce qui provient de l’extérieur font que le pouvoir politique reste endogamique et inaccessible pour la société, tout en restant sourd aux préoccupations sociales. Passive et endoctrinée à l’ethnocratisme tout en constatant sa baisse du niveau de vie, cette dernière n’a d’autre alternative que d’externaliser sa colère et sa frustration sous la forme de pogroms. Le passage de relais non assuré des dictateurs en fin de vie à la génération suivante pourrait lui en redonner rapidement l’occasion à une plus large échelle que lors des événements passés d’Och, KARIMOV D., 2011, http://barometer.kg/index.php/avtoritarizm-v-czentralnoj-azii-vremenno-andizhan-i-osh-mogut-pokazat-detskoj-igroj-ekspert.html

14) Pour une synthèse de ces évènements, cf. pour les évènements de 1990, RAZAKOV T., 1993, 112 pp. et pour les évènements de 2010, GAÜZERE D., 2010, http://www.mediapart.fr/club/edition/les-invites-de-mediapart/article/080710/au-sud-kirghiz-les-liaisons-dangereuses

15) Pour les événements de 2010, cf. les rapports d’Amnesty International « Partial Truth And Selective Justice: The Aftermath of The June 2010 Violence In Kyrgyzstan », Rapport d’Amnesty International, Décembre 2010, et de Human Rights Watch « Where Is The Justice ? Interethnic Violence In Southern Kyrgyzstan And Its Aftermath », Human Rights Watch, 16 août 2010. Ces deux rapports restent, à mon avis, les plus objectifs et éclairants sur la situation complexe dans le sud du pays. D’autres rapports ont bien sûr été depuis rédigés, notamment le « célèbre » rapport de la Commission d’Enquête Internationale sur la Kirghizie menée par le député européen Kimmo Kiljunen et la réponse apportée à ce rapport par le Gouvernement kirghiz. Mais, ces derniers rapports, tout en fournissant une analyse utile et détaillée de la situation, ont rendu des conclusions souvent hâtives, partiales et discutables, éloignées du souci de la recherche d’objectivité des premiers rapports d’Amnesty International ou de Human Rights Watch, faute d’un examen suffisamment équitable et approfondi des doléances des multiples parties prenantes du conflit et d’une connaissance scientifique suffisante du terrain.

16) GAÜZERE D., 2011, http://blogs.mediapart.fr/blog/david-gauzere/031111/almazbek-atambaev-face-aux-lignes-de-fracture-de-la-kirghizie

17) Guy Hermet insiste sur la banalité du recours au style populiste en Europe orientale (et par extension dans la CEI) autant par les pouvoirs en place que par les forces d’opposition lorsque ces dernières peuvent librement s’exprimer et, au contraire, sur la marginalité des forces politiques résistant à la tentation populiste (y compris celles se présentant comme démocrates), HERMET G., 2001, pp. 296-297. L’auteur évoque encore les passerelles étroites entre les populismes protestataires et identitaires en Europe orientale et dans la CEI et l’inféodation des derniers aux premiers, Ibid., p. 284

18) Ryspek Akmatbaev avait été élu député de sa ville natale, Balyktchy, en Avril 2006 sur un programme très populiste, avant d’avoir été assassiné par des tueurs à gages quelques jours plus tard. Consulter l’ensemble des articles évènementiels sur ces trois protagonistes depuis 2005 sur le portail électronique russophone de l’agence d’information kirghize Gezitter, http://www.gezitter.org

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GAÜZERE D. (08 Juillet 2010), « Au sud kirghiz, les liaisons dangereuses », Mediapart, http://www.mediapart.fr/club/edition/les-invites-de-mediapart/article/080710/au-sud-kirghiz-les-liaisons-dangereuses . Consulté le 28 Septembre 2012 ; (03 Novembre 2011), « Almazbek Atambaev face aux lignes de fracture de la Kirghizie », Mediapart, http://blogs.mediapart.fr/blog/david-gauzere/031111/almazbek-atambaev-face-aux-lignes-de-fracture-de-la-kirghizie . Consulté le 28 Septembre 2012
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